Bénabar "Reprise des négociations"

Publié le par galerne

Un virage bien négocié

En passe de devenir le symbole vivant et chantant de toute une génération de trentenaires, Bénabar renoue avec son public dans « Reprise des négociations ». Il faut dire qu’avec « Les risques du métier », album paru en 2003, Bénabar est devenu l’un des meilleurs vendeurs de la chanson française. Il a rendu ses lettres de noblesse à la chanson à la fois populaire et intelligente, drôle et poétique, réaliste et sautillante.


A travers ses chansons, il nous surprend, nous émeut, nous captive, nous amuse. Pourtant, il le fait simplement en évoquant des petits riens de la vie de tous les jours. Sans trop user d’effets de style, il se contente d’être naturel et sincère. Il fait preuve d’une crédibilité sans faille auprès du public avec son côté « français moyen ». Pourtant, il a la notoriété discrète, pas rock star pour un sou. Même si la forme est pratiquement similaire à celle de ses précédents albums (au niveau de l’intonation, des plaisanteries), le fond a été totalement remanié. Bénabar a mûri, est devenu papa et navigue donc dans d’autres contrées musicales. L’album conserve tout de même cette patte si séduisante de ses précédents albums. Les paroles sont toujours aussi surprenantes et pleines d’inventivité. Il base tout son art sur la manière de raconter. Bénabar a une nouvelle fois su tirer profit de son imagination pour nous concocter de petites chroniques musicales toutes plus délirantes les unes que les autres. Il partage d’ailleurs avec ses congénères les mêmes références culturelles. Deux titres sont là pour en témoigner : « Maritie et Gilbert Carpentier », véritable ode à l’émission de variété proposée jadis par le couple producteurs ; et le bonus track entièrement dédié au « Père Noël est une ordure ». Les histoires de couple l’intéressent toujours autant, qu’il soit question de leurs choix immobiliers (« Quatre murs et un toit ») ou de leurs soirées en tête-à-tête avec la télé (« Le dîner »). C’est en jeune père de famille qu’il s’est également attaché à la composition d’une berceuse pleine d’humour et de tendresse (« La berceuse »).

S’éloignant d’un certain optimisme, d’autres titres prennent une tournure un peu plus singulière. Ces chansons se caractérisent justement par des textes plus sombres et un timbre de voix plus éploré. Le piano réapparaît pour appuyer la mélancolie (« Triste compagne »). Avec cet album, Bénabar a su rendre des orchestrations plus élaborées grâce à la présence plus nombreuse d’instruments. Reprise des négociations contient une chanson plutôt pessimiste mais très touchante sur l’ordre social et amoureuxQu’est-ce que tu voulais que je lui dise ?) avec pour parti pris la difficile sortie de l’exclusion. D’un souffle, il évoque la pauvreté, l’exclusion sociale, le mensonge et la solitude. Plus tard, il revient de façon très ironique sur l’individualisme grandissant de nos sociétésTu peux compter sur moi »). Avec des portraits musicaux plus amère, il n’oublie pas pour autant l’ironie, la dérision et le second degré. Un disque où l’on oscille constamment entre le rire et les larmes comme peut l’illustrer « le fou rire », l’histoire d’un homme pris d’un fou rire en pleine cérémonie d’enterrement, et qui ensuite est envahi de remords. Le regard de Bénabar revigore les esprits comme le décrit « le méchant James Bond » où il évoque les malheurs d’un homme récemment licencié, divorcé et privé de la garde de ses enfants. Ainsi il ne peut cesser de l’imaginer en méchant James Bond.

Avec ce quatrième album où l’on retrouve des mélodies plus fouillées, Bénabar a réussi à faire évoluer son répertoire avec intelligence. Moins dans des chansons légères et entraînantes, il aborde enfin des thèmes plus sensibles. Sa force et son originalité restent toujours son écriture irréprochable. Chez lui il y a toujours le mot juste pour faire passer les sentiments les plus divers et dont tout le monde peut s’y retrouver. Il sait susciter l’empathie et les sourires complices. La paternité lui revoie un autre regard de sa musique, qui rendra encore plus conviviale nos soirées musicales.

Discographie :
« Reprise des négociations » Sortie octobre 2005 (Jive Records/BMG)
« Live au Grand Rex » Sortie octobre 2004 (Jive Records/BMG)
« Les risques du métier » Sortie mai 2003 (Jive Records/BMG)
« Bénabar » Sortie septembre 2001 (Jive Records / Virgin)
« La p'tite monnaie » sous Bénabar & associés Sortie octobre 1997 (Arion)

Site officiel:
www.benabar.com

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Publié dans critiques d'album

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