critiques d'album

Vendredi 25 novembre 2005 5 25 /11 /2005 18:39

Un écorché vif plein de talent

 

Plus qu’une simple vague dans l’océan hexagonal de la chanson rock, la voix éraillée et les compositions entêtantes de Da Silva ont bâti un disque diablement séduisant. Avec l’indécision qui est beaucoup diffusée sur les radios en cette période de rentrée, Da Silva est un artiste en devenir trouvant enfin le chemin de la reconnaissance.

Nouveau venu dans le label Tôt ou tard, Da Silva n’en est pas pour autant à ses premiers faits d’armes. Il n’a pas encore trente ans, mais il a déjà passé plus de la moitié de sa vie à se consacrer au rock. Après des années d’électricité et de rage dans des groupes punk, cet auteur-compositeur se range dans la chanson. C’est donc dans un environnement acoustique et intimiste qu’il a choisi de réaliser son premier album en solo « Décembre en été ». Pourtant apaisé mais toujours bouillonnant, l’artiste envisage son nouvel album comme le prolongement naturel de ses multiples expériences musicales. Sa voix accroche cœur, rauque et rock, qui rappelle Ridan dans le phrasé, s’accompagne de mélodies dépouillées, à base de guitare sèche, de violon et de mélodica. Da Silva possède une voix unique et marginale, racleuse et adolescente, précocement usée et chancelante. Cette voix n’est pas sans rappeler la rugosité de Miossec et la mélancolie pudique de Daniel Darc dont il se réclame d’ailleurs. Poète allégoriste et sensible arrangeur de mots, il habille ces écrits d’une formule guitare-voix au ravissant dénouement. Quelques airs de fado nous rappellent également ses origines portugaises. Ensuite, il y a les textes bien sentis de ses chansons courtes qu’il a souhaité comme des vignettes, intimistes, à la rage sourde et contenue. Avec un style bourré de finesse, il envoie de la colère rentrée, de la poésie, du spleen et même de l’humour. Il dénonce l’air de rien les petits travers de nos sociétés et râle quand il voit revenir dans nos esprits l’idée d’un monde d’ordre et paranoïa. Des textes qui parlent de relations amoureuses avortées, décaties ou terminées et de sentiments incendiaires et incendiés. S’il passe par le prisme des relations entre hommes et femmes, c’est pour évoquer d’autres thèmes. La traversée évoque l’histoire d’un homme qui a du mal à renoncer à l’enfance. Sous ses allures de bulletin météo poétique, « une éclaircie » aborde le dégoût né lors des dernières élections présidentielles. Sur la chanson-titre, Da Silva donne la réplique à Françoiz Breut pour conter les derniers jours de Rimbaud.

La voix râpe, écorche, chez lui il y a des accords qui obsèdent et une séduction de la noirceur. Un an après avoir été découvert en première partie de Cali, il trace maintenant son propre chemin. On pourra le trouver un peu vert comme le premier Miossec. Mais c’est dans les interstices d’une assurance encore frêle que pousse l’excellence de Da Silva. Entre vifs éclats et grisonnement dubitatifs, Da Silva nous offre un disque brillant, où la délicatesse sonore se confond avec la poésie des nouveaux jours.


Pour écouter une interview réalisée au Printemps de Bourges en avril 2006 avec 5 titres cliquer ici
Pour écouter une interview réalisée au Café de la danse à Paris en octobre 2005 cliquer ici
Pour voir une exploration des textes de l'album "Décembre en été" cliquer ici

Site officiel:
www.totoutard.com

Le blog de Da Silva:
www.totoutard.com/blog/dasilva

Le forum:
manudasilva.zikforum.com
Par galerne - Publié dans : critiques d'album
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 10 décembre 2005 6 10 /12 /2005 19:27

Une nouvelle recette savoureuse

La Star Ac aura au moins révélé une vrai chanteuse. Olivia Ruiz a sorti le 14 novembre un remarquable deuxième album « La Femme Chocolat ». Son premier album « J’aime pas l’amour » connu en 2002 un bon succès critique et un petit succès commercial (tout de même 50 000 ventes). On attendait donc Olivia Ruiz pour ce nouvel album. Serait-elle plus présente pour l’écriture et la composition des chansons ?

Après écoute, il semblerait que oui. Son deuxième disque « La femme chocolat » avec cette connotation épicurienne, lui permet de passer un palier supplémentaire. Olivia Ruiz s’impose de manière convaincante dans le paysage musical de la chanson française. Epaulée à la réalisation par Alain Cluzeau (producteur de Bénabar et de Thomas Fersen entre autres) et Mathias Malzieu (chanteur de Dionysos), l’ex-star académicienne joue désormais à jeu égal avec n’importe quelles autres artistes de la nouvelle chanson française. Entre sensibilité de chanteuse réaliste, rock velouté et ambiances hispaniques, elle arrive à s’adapter à des chansons aux couleurs variées.
Écrivant tout de même le tiers des textes, elle a su bien s’entourer pour l’écriture du reste de l’album : Christian Olivier, chanteur des Têtes Raides, Mali, chanteur de Tryo, Chet, Juliette, Mathias Malzieu ou encore Néry. Dans ce disque, Olivia Ruiz chante son histoire personnelle, l’exil de ses grands-parents, ses secrets de famille, son enfance méditerranéenne, sans jamais tomber dans l’auto-apitoyement. Ce qui séduit d’abord dans « La femme chocolat », c’est la liberté et la générosité de ses orchestrations. Les clarinettes, les violons, les cuivres, les ukulélés, la scie musicale s’embrasent au carrefour de la musique tsigane, de la fanfare, de la fête foraine, du rock et des rythmes latins.

Son deuxième album est donc plus adulte et intimiste. Elle a réussi à livrer des parties de sa vie au public avec beaucoup de sensibilité et d’humour. Olivia Ruiz s’est glissée dans le grand costume traditionnel de la chanson réaliste car elle n’est pas faite, on l’a bien compris pour l’académie.

Discographie:
"j'aime pas l'amour" Sortie octobre 2003 (Polydor/Universal)
"La femme chocolat" Sortie novembre 2005 (Polydor/Universal)

Pour voir la chronique du concert de La Cigale (Paris) le 14 novembre 2005 avec des photos cliquer ici
Pour écouter l’interview réalisée le 15 novembre 2005 à Paris cliquer ici

Site officiel:
www.olivia-ruiz.com

Par galerne - Publié dans : critiques d'album
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 15 décembre 2005 4 15 /12 /2005 18:34

Un virage bien négocié

En passe de devenir le symbole vivant et chantant de toute une génération de trentenaires, Bénabar renoue avec son public dans « Reprise des négociations ». Il faut dire qu’avec « Les risques du métier », album paru en 2003, Bénabar est devenu l’un des meilleurs vendeurs de la chanson française. Il a rendu ses lettres de noblesse à la chanson à la fois populaire et intelligente, drôle et poétique, réaliste et sautillante.


A travers ses chansons, il nous surprend, nous émeut, nous captive, nous amuse. Pourtant, il le fait simplement en évoquant des petits riens de la vie de tous les jours. Sans trop user d’effets de style, il se contente d’être naturel et sincère. Il fait preuve d’une crédibilité sans faille auprès du public avec son côté « français moyen ». Pourtant, il a la notoriété discrète, pas rock star pour un sou. Même si la forme est pratiquement similaire à celle de ses précédents albums (au niveau de l’intonation, des plaisanteries), le fond a été totalement remanié. Bénabar a mûri, est devenu papa et navigue donc dans d’autres contrées musicales. L’album conserve tout de même cette patte si séduisante de ses précédents albums. Les paroles sont toujours aussi surprenantes et pleines d’inventivité. Il base tout son art sur la manière de raconter. Bénabar a une nouvelle fois su tirer profit de son imagination pour nous concocter de petites chroniques musicales toutes plus délirantes les unes que les autres. Il partage d’ailleurs avec ses congénères les mêmes références culturelles. Deux titres sont là pour en témoigner : « Maritie et Gilbert Carpentier », véritable ode à l’émission de variété proposée jadis par le couple producteurs ; et le bonus track entièrement dédié au « Père Noël est une ordure ». Les histoires de couple l’intéressent toujours autant, qu’il soit question de leurs choix immobiliers (« Quatre murs et un toit ») ou de leurs soirées en tête-à-tête avec la télé (« Le dîner »). C’est en jeune père de famille qu’il s’est également attaché à la composition d’une berceuse pleine d’humour et de tendresse (« La berceuse »).

S’éloignant d’un certain optimisme, d’autres titres prennent une tournure un peu plus singulière. Ces chansons se caractérisent justement par des textes plus sombres et un timbre de voix plus éploré. Le piano réapparaît pour appuyer la mélancolie (« Triste compagne »). Avec cet album, Bénabar a su rendre des orchestrations plus élaborées grâce à la présence plus nombreuse d’instruments. Reprise des négociations contient une chanson plutôt pessimiste mais très touchante sur l’ordre social et amoureuxQu’est-ce que tu voulais que je lui dise ?) avec pour parti pris la difficile sortie de l’exclusion. D’un souffle, il évoque la pauvreté, l’exclusion sociale, le mensonge et la solitude. Plus tard, il revient de façon très ironique sur l’individualisme grandissant de nos sociétésTu peux compter sur moi »). Avec des portraits musicaux plus amère, il n’oublie pas pour autant l’ironie, la dérision et le second degré. Un disque où l’on oscille constamment entre le rire et les larmes comme peut l’illustrer « le fou rire », l’histoire d’un homme pris d’un fou rire en pleine cérémonie d’enterrement, et qui ensuite est envahi de remords. Le regard de Bénabar revigore les esprits comme le décrit « le méchant James Bond » où il évoque les malheurs d’un homme récemment licencié, divorcé et privé de la garde de ses enfants. Ainsi il ne peut cesser de l’imaginer en méchant James Bond.

Avec ce quatrième album où l’on retrouve des mélodies plus fouillées, Bénabar a réussi à faire évoluer son répertoire avec intelligence. Moins dans des chansons légères et entraînantes, il aborde enfin des thèmes plus sensibles. Sa force et son originalité restent toujours son écriture irréprochable. Chez lui il y a toujours le mot juste pour faire passer les sentiments les plus divers et dont tout le monde peut s’y retrouver. Il sait susciter l’empathie et les sourires complices. La paternité lui revoie un autre regard de sa musique, qui rendra encore plus conviviale nos soirées musicales.

Discographie :
« Reprise des négociations » Sortie octobre 2005 (Jive Records/BMG)
« Live au Grand Rex » Sortie octobre 2004 (Jive Records/BMG)
« Les risques du métier » Sortie mai 2003 (Jive Records/BMG)
« Bénabar » Sortie septembre 2001 (Jive Records / Virgin)
« La p'tite monnaie » sous Bénabar & associés Sortie octobre 1997 (Arion)

Site officiel:
www.benabar.com

Par galerne - Publié dans : critiques d'album
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 28 décembre 2005 3 28 /12 /2005 13:36
La magie ensorceleuse d’un nouveau talent

L’année 2005 s’est terminée et le disque éponyme de Pauline Croze  fait partie du club des albums aimés du début à la fin, et ce des mois durant, sans jamais se lasser et sans trop se l’expliquer. À travers cet album, on découvre surtout une auteur compositeur à fleur de peau, une fille qui ne triche pas, ne chante qu’au premier degré, qu’elle soit triste ou en colère, quasi exclusivement à la première personne.


Pur enchantement, il faut entendre ce groove musical, axé essentiellement sur la guitare acoustique de la chanteuse, qu'elle martèle pour en sortir des sons inouïs, avec des influences africaines, brésiliennes et andalouses. Sa rencontre avec Edith Fambuena, du duo les Valentins (producteur de Bashung, Daho), la pousse à surligner les accents flamencos ou reggae de ses chansons.

Son univers a quelque chose d’urgent, bien qu’apparemment caressant, comme si couvait en elle un tempérament révolté sous une carapace de douceur. Pauline Croze, en quête d'un absolu, livre beaucoup de ses émotions à travers des textes sensibles écrits par elle, mais aussi par Michaël Furnon des Mickey 3D, Doriand ou encore Eleonore Weber.
Elle ne chante pas le quotidien, mais des sentiments exaltés, enragés, d'une voix puissante, avec une conviction qui rappelle les premiers Mano Solo. Les histoires de Pauline Croze sont faites de ruptures amoureuses, de rêves de nuits envoûtantes (« Dans la chaleur des nuits de pleine lune »), de désir d’harmonie (« Femme fossile ») ou de constat d’une jeunesse que « plus rien ne divertit » ("Jeunesse affamée"). Résultat, un album au ton personnel révélant une jeune femme fragile et décidée, qui a choisi la meilleure voie qui soit pour s’imposer. Celle des sentiments simples et vrais.

La magie opère, l'envoûtement est total. Pauline est indubitablement douée d'un talent de conteuse dont la féminité à fleur de peau a le pouvoir de désarmer les cynismes les plus coriaces. Tous les ingrédients d’une découverte, donc, avec cependant la certitude que sa générosité médusera le plus grand nombre de filiation.

www.paulinecroze.com

Par galerne - Publié dans : critiques d'album
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus