Un Constantin débranché
Le mardi 8 novembre dernier se déroulait, à l’Olympia, le 4e prix Constantin qui a vu la consécration de la très singulière Camille avec son album « le fil ». Alain Bashung, président du jury, aidé par des journalistes, programmateurs et disquaires, a eu la difficile tache de choisir entre les 10 artistes sélectionnés.
Soirée débranchée pour deux raisons distinctes. D’une part, il a fallu faire preuve d’une grande patience pour assister à cette soirée car les problèmes techniques ont rallongé la cérémonie de plus d’une heure. Imposer un changement de matériel entre chacun des 10 artistes a provoqué plusieurs disfonctionnements dans les branchements de micro, pédales et autres ordinateurs. Ceci a même obligé Naguy à meubler des grands moments de solitude et à certains artistes d’improviser. D’autre part, les 10 artistes présents -excepté peut-être Amadou et Mariam qui ont bénéficié d’une grande promotion- ne sont pas encore passés par le martelage radiophonique et autre communication médiatique à outrance. Ces artistes se sont fait remarquer par leur originalité et apparaissent à l’opposé de ces artistes branchés de la variété.
Après Mickey 3D en 2003, Cali en 2004 et Camille en 2005, Ce prix Constantin s’impose un peu plus chaque année et commence à se faire un nom à côté des très glorieuses Victoires de la musique. De plus, en voyant les deux partenaires de l’événement qui sont Télérama et France Inter, on constate qu’on est face à certains choix culturels.
Ce prix est donc un hommage à Philippe Constantin, producteur décédé en 1996 et réputé pour son flair et sa curiosité. Le but de ce prix est d’abord de récompenser une figure montante de la scène française pour le vainqueur, mais aussi de faire remarquer les 10 finalistes de ce prix. Déjà les dix artistes sélectionnés apparaissent comme les dix meilleurs albums de l’année selon le jury (sélection faite à partir de 185 disques sortis en 2005). Il est également à noter cette image de découvreur de talent. En effet, comme on a pu le voir avec Mickey 3D et Cali, tous deux ont remporté l’année suivante au moins une victoire de la musique. Concernant Camille, on ne l’imagine pas revenir bredouille des Victoires de la musique en 2006…
Petites appréciations de la prestation des artistes
La cérémonie s’ouvre avec un duo, Alain Bashung et Tiken Jah Fakoly, qui reprennent « plus rien ne m’étonne » de ce dernier. La voix chaude de l’Ivoirien s’accorde parfaitement avec la voix plus rocailleuse du président de cette édition 2005. S’en suit un autre duo avec Carla Bruni moins efficace car il manquait cette justesse de chant entre eux. Cali entre en scène sous les applaudissements pour accompagner Alain Bashung sur une reprise de Dutronc. Sa manière si originale de bouger s’oppose à la posture plus figée de ce dernier. Les classiques de l’auteur de « Fantaisie Militaire » dont « La nuit je mens » finir une demi-heure de set efficace.
Après l’entracte, c’est à Bertrand Bertsh qui revient de débuter. L’un des artistes les plus méconnus pose une ambiance intimiste sur la salle de l’Olympia avec sa chanson « Tournicotons ». Dans une sorte de ronde tourbillonnante et envoûtante, Il s’agissait pour beaucoup d’une porte-fenêtre pour la découverte de son univers.
La fameuse Camille enchaîna ensuite sa chanson qui lui a ouvert les portes des radios « Ta douleur ». Maquillée de coups de crayon sur une joue représentant un fil, elle lance « ya quelqu’un ? » au public baigné dans le silence. Cette artiste qui affiche complet à tous ses concerts reçue une véritable ovation du public une fois sa remarquable chanson achevée.
Franck Monnet poursuit dans un registre assez dépouillé une chanson intime. Accompagné de deux cœurs et de sa guitare, il a peut-être réussi à charmer quelques personnes du public avec sa chanson « T’aimer », mais il est vrai qu’il navigue dans un registre pas toujours très abordable pour tout un chacun.
Après avoir connu des problèmes de branchement et notamment d’ordinateur à l’origine de ces fameuses boucles. La prestation de Nosfell, certes bonne, a été en parti gâchée par des problèmes de sono. Avec un bassiste dégageant une ambiance tendue, l’artiste pieds nus émanant des images et des sensations se tient dans une posture étrange. Cet homme atypique, qui a inventé sa propre langue pour créer ses chansons, a sûrement troublé voir séduit le public. Anticonformiste dans sa démarche, il a longuement défendu son travail unique face aux questions de Naguy spécifiant une totale liberté de création.
Anaïs a eu le droit de patienter en attendant de résoudre des problèmes techniques. Cette jeune artiste, qui a gagné le tremplin du Printemps de Bourges 2005, se mouilla même à quelques improvisations pour meubler l’attente. Seule avec sa guitare et sa pédale de boucle, elle a réussi à captiver le public avec sa chanson pleine de dérision sur l’amour « Mon cœur mon amour ». Une grosse personnalité pas le moins intimidée par cette cérémonie. Une artiste attachante qui s’offrit même le luxe de faire participer le public sur la fin de sa chanson.
Camille Bazbaz accompagné de son groupe chante, quant à lui, une chanson à la couleur du sud : « sur le bout de la langue ». Cet artiste, après avoir beaucoup galéré, trouve aujourd’hui un certain public. Même si son univers n’est pas forcément très abordable, sa lente ballade a sans doute charmé des gens.
Pauline Croze seule à la guitare confirma sa notoriété grandissante avec ce titre si entêtant « T’es beau ». Une prestation efficace qui a prouvé une belle évolution dans la maîtrise de ses chansons sur scène. Une artiste timide qui dévoile ses talents par la chanson pour notre plus grand bonheur.
Albin De La Simone avec sa chanson « Non merci » ranime la soirée avec des grosses guitares. Accompagné de son groupe, il tente de convaincre mais celui qui a commencé par être musicien et arrangeur rentre difficilement à mon goût dans le rôle de chanteur. Pas toujours très juste dans la voie, il a néanmoins réussi à dégager une certaine énergie.
Nominé pour la deuxième fois en trois ans, Alexis HK a emmené sa chanson « Coming out » d’une très belle manière. Avec une énergie contenue, cette chanson d’une écriture assez alambiquée dégage une atmosphère de sérénité et de quiétude. Toujours là où l’on ne l’attend pas, il modifie sa chute de chanson par une critique humoristique sur les députés UMP. Son clin d’œil confirme sa démarche pleine de dérision dans laquelle il évolue avec succès.
C’est à Amadou et Mariam qu’il revient d’achever cette sélection. Entourés de nombreux musiciens, ils amènent avec « Dimanche à Bamako » une atmosphère au couleur de l’Afrique dégageant un certain esprit de fête. Même s’il ne s’agissait pas d’une découverte pour beaucoup de gens, on ressort néanmoins attendri par la complicité de ce couple non-voyant.
Enfin, Bashung revient annoncer le vainqueur du prix. Sans réelle surprise c’est Camille qui repart avec le fameux trophée en forme avion. Digne d’elle même, Camille sort quant même « j’ai envi de faire pipi », lorsque Naguy lui demande ses impressions sur sa victoire. Embarquée dans des remerciements interminables qui finissent dans une grande dérision, elle démontre encore une fois son caractère si singulier.
La soirée se termine par la chanson de Camille « les divorcés » où l’on retrouve tous les artistes invités. Conçue dans l’improvisation, ce mélange artistique ressemblait à un concept assez confus où on a pu apercevoir certaines implications.
Par ailleurs, Pauline Croze a eu la chance de repartir quant même avec le prix Coquadix accompagné d’un prix de 20 000 euros, juste récompense pour cet artiste que l’on repartira très certainement.
Une longue soirée où l’on a beaucoup appris sur les talents de demain. Dommage que ce soit une artiste qui n’ait pas nécessairement besoin de ce coup de pouce pour être reconnue. Au final, c’est une artiste atypique avec une grande liberté de création artistique qui a gagné. Certainement le début d’un long chemin pour Camille.
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